Expressions politiques
Mars 2026
Boris Ravignon – Maire de Charleville-Mézières
Des moyens accrus pour nos policiers municipaux
Le 10 février dernier, le Sénat a adopté un texte visant à élargir les moyens d’action des polices municipales. Ce texte va désormais être examiné par l’Assemblée nationale, avant une éventuelle adoption définitive, ce qui constituerait à mon sens une excellente nouvelle.
Un rapide état des lieux tout d’abord : selon les chiffres les plus récents fournis par le ministère de l’Intérieur, plus de 3 800 communes possèdent une police municipale, ces dernières représentant au total près de 28 000 agents. Et le fait que ces données aient connu une hausse de 45 % entre 2012 et 2023 n’a rien à voir avec un effet de mode…De nombreux maires, dont je fais partie, ont en effet constaté avec amertume, au fil des années, le manque d’efficacité de la police nationale dans la lutte contre la délinquance urbaine. Manque d’efficacité dû essentiellement à des effectifs de terrain beaucoup trop réduits. Problème, lorsqu’un habitant est victime d’une agression ou d’un cambriolage, lorsqu’il constate l’aplomb des dealers dans son quartier, c’est vers son maire qu’il se tourne pour se plaindre. J’ai eu dernièrement l’occasion d’échanger à ce propos avec d’autres élus ardennais, lors d’une rencontre organisée par Else Joseph et à laquelle participait Jacqueline Eustache-Brinio, elle aussi sénatrice et rapporteuse de ce projet de loi : ils partagent tous ce sentiment.
Nous avons donc été nombreux, ces dernières années, à créer ou renforcer notre police municipale. Pour rappel, dans notre ville, ses effectifs ont été multipliés par deux depuis 2014. Mais pour que nos policiers puissent faire preuve d’une véritable efficacité sur le terrain, encore faudrait-il que la loi leur permette d’agir. Or ce n’est actuellement pas le cas.
La police municipale n’a aujourd’hui pas le droit de verbaliser un délinquant pris en flagrant délit, ni de fouiller son sac à dos ou son véhicule, encore moins de vérifier son identité. Or s’il est définitivement adopté, ce texte de loi, déjà validé par nos sénateurs, mettra un terme à ces absurdités et permettra enfin à nos policiers de s’investir pleinement dans la lutte contre l’insécurité et le narcotrafic. Et pour discuter régulièrement avec ces femmes et hommes de terrain, je peux vous assurer que leur impatience est au moins égale à la mienne…
Anne Papier– Pour la liste « une ville pour tous »
Bilan
À quelques semaines des élections municipales (lorsque ces lignes sont écrites), il est nécessaire de répondre au bilan dressé par M. le Maire dans les colonnes de l’Ardennais fin janvier.
Ce mandat n’a pas été simple à gérer car marqué par de nombreuses crises plus larges : pandémie, tensions économiques, inflation, contraintes budgétaires accrues pour les collectivités locales. Il faut reconnaître que la politique adoptée a contribué à maintenir l’attractivité de notre ville et à consolider certains projets structurants. Des équipements communautaires ont été modernisés, et l’animation de la vie locale a perduré malgré les contraintes financières. Ces efforts méritent d’être soulignés sans ambiguïté.
Toutefois, comme l’a exprimé M. Ravignon dans son bilan public, il faudra encore « dix ans » pour que certaines transformations profondes soient réalisées, et ce retard correspond à une situation complexe certes, mais aussi à une ambition insuffisante dans certains domaines et à des priorités discutables dans les choix opérés.
Un des domaines où cela se ressent particulièrement est celui de l’équité sociale. Les inégalités territoriales à Charleville-Mézières demeurent fortes. L’accès aux services publics de proximité reste insuffisant dans plusieurs secteurs populaires. Les habitants expriment régulièrement des difficultés concernant la mobilité, l’accès à la santé. Ils disent aussi le besoin d’une offre de loisirs et de culture ouverte à tous.
Sur le plan environnemental, des avancées ont été engagées mais sont loin de ce qui serait nécessaire pour faire face à l’urgence climatique. La municipalité a favorisé certaines constructions exemplaires, comme la crèche à haute performance énergétique, mais il manque une politique globale de transition énergétique, de mobilité durable, de préservation de la biodiversité urbaine ou de soutien aux circuits courts agricoles. L’opposition écologiste et sociale regrette que ces enjeux ne soient pas pleinement intégrés comme priorités structurantes de l’action municipale.
La question de la sécurité est aussi une problématique centrale dont l’approche doit être complétée. Les dispositifs de surveillance et de sanction ont été renforcés, mais plusieurs quartiers sont toujours en grande difficulté, régulièrement en proie aux incivilités et violences, et cela montre que la seule réponse sécuritaire ne saurait se substituer à une approche globale de cohésion sociale et de prévention. Les politiques publiques doivent conjuguer fermeté, prévention, accompagnement social et dialogue avec les habitants.
Enfin, sur la démocratie locale, la participation citoyenne reste encore trop ponctuelle et consultative. L’engagement des habitantes et habitants dans les décisions qui organisent leur cadre de vie doit être accru, non seulement à travers des consultations, mais par de véritables co-constructions de projets.
Ce deuxième mandat est marqué par des réalisations notables, mais il révèle aussi qu’il y a encore du « pain sur la planche » pour répondre pleinement aux défis sociaux, économiques et écologiques actuels.
Christophe Dumont pour la liste « écologiste et citoyenne »
Le combat continue !
Élu en 2020 sur une liste citoyenne au programme élaboré de manière participative, j’ai pu, 6 ans durant, en siégeant au conseil municipal, à la fois résister et construire.
Vice-Président de la commission des affaires générales, du budget, et de la sécurité, même si cette fonction ne me donnait que très peu de pouvoir, j’ai pu permettre quelques avancées…Notre liste prônait « une ville à hauteur d’enfant »
il s’agissait d’abaisser la vision des élus à hauteur d’enfant pour repenser les priorités et les arbitrages. Nous partions du principe que si une ville parvenait à répondre aux besoins des plus jeunes, en particulier celui de se déplacer en toute sécurité, alors, par ricochet, elle répondrait mieux aussi aux attentes des personnes âgées, des personnes handicapées ou des habitants précaires, tout aussi vulnérables, en particulier face à l’omniprésence automobile.
concevoir la ville à partir des besoins, des rythmes et du regard des enfants constituerait ainsi un levier puissant de transformation démocratique et sociale.
J’ai ainsi voté en faveur du schéma des déplacements proposé par le maire, moyennant l’instauration de rues scolaires, des rues ou la circulation motorisée est interrompue aux heures d’entrée et de sortie des classes. Ces 5 rues, dont le maire ne voulait pas à l’origine, sont aujourd’hui, un sujet de fierté pour nous tous !
Malheureusement depuis 2 bonnes années, on observe très peu de progrès en matière de déplacements actifs au motif qu’on ne pourrait faire d’autres travaux que de chauffage urbain.
Pire, s’ajoute à cela le renoncement du maire à piétonniser effectivement la place Ducale, sur la pression, dit-on, d’un seul commerçant !
Un autre sujet est crucial, au croisement de l’écologie et de la justice sociale, celle des tarifs des services publics : sur les poubelles et l’eau, le maire, aussi Président de l’agglo, avait promis l’instauration d’une tarification incitative et sociale, il n’en a rien été…
A propos de la tarification incitative des déchets, toujours promise, chaque fois repoussée, elle aurait permis à chacun de payer en fonction du poids de ses déchets car aujourd’hui une veuve sans beaucoup de ressources paie autant que ses voisins plus nombreux et plus aisés, et la baisse des tonnages des déchets enfouis revendiquée par l’agglomération tient plutôt aux restrictions d’accès à nos déchetteries ; on retrouve ainsi une partie des déchets en dépôts sauvages au bord de nos chemins…
Pour l’eau du robinet, tenir compte du revenu des familles, de leur composition, et de la consommation de chacun pour en moduler le prix aurait introduit à la fois équité et respect de l’environnement.
Pendant 12 ans j’ai milité pour que soit instaurée cette tarification, émettant des propositions concrètes a de nombreuses reprises;a chaque fois la réforme a été repoussée. A la place le président d’Ardenne-Métropole s’enorgueillit de proposer quelques « chèques solidarité eau » à des citoyens qu’il choisit, préférant ainsi l’aumône à la justice sociale et environnementale.
Pour les cantines de la Ville, j’ai connu un peu plus de succès, les moins aisés des carolomacériens payaient au début du mandat le repas de leurs enfants à la cantine plus de huit fois plus cher que leurs homologues rémois, huit fois plus cher !
Sur mon insistance, le maire a accepté de créer de nouvelles tranches selon les revenus des parents, même si c’est un progrès pour quelques familles, il faudrait, en ce domaine comme dans d’autres, aller beaucoup plus loin….